New York, avril 2014.
Première fois. Première fois pour tout : les musées, les trottoirs mythiques, les hot-dogs dans du carton, les comédies musicales…les messages.
Avec mon épouse, on s’est laissé redevenir adolescents.
On photographiait tout : les camions, les rampes d’escaliers de secours, les taxis jaunes.
On entrait dans ce rêve collectif qu’on avait toujours vu sans jamais le toucher.
Un matin, on a pris le ferry.
Direction Staten Island.
Loin du bruit. Plus rural. Plus ancien.
Sur le trajet, la statue de la liberté s’est dressée.
Je l’avais vue des centaines de fois, dans des livres, à la télévision.
Mais ce jour-là, elle était là, en vrai.
On est allés jusqu’à Richmond.
Une petite ville posée là comme un souvenir.
Et dans une rue, une vieille maison abandonnée a attiré mon regard.
Un écriteau devant : Christopher’s house.
C’était ouvert.
Curiosité. Pas de panneau d’interdiction. On entre.
Un escalier en bois. Un grenier poussiéreux.
Et là, posé au sol : un panneau en forme de flèche.
Sur le bois usé, un mot : Christopher.
Je ne sais pas pourquoi…
Mais une sensation étrange m’a traversé.
Pas de peur. Pas de joie.
Quelque chose venu d’avant les mots.
Je suis redescendu. On a repris la route.
Quelques minutes plus tard, une église : St. Andrew’s Church.
Le nom de mon père, en anglais.
Un vieux cimetière à côté.
Et derrière les arbres, au loin : la Christopher’s house.
Et là, j’ai compris.
La flèche dans le grenier…
elle pointait vers ce cimetière.
J’ai regardé la maison, puis l’église.
Et j’ai dit à ma femme, presque en riant pour me protéger :
“J’espère que mon père ne va pas mourir…”
Il est mort l’année suivante, en avril.
Le jour de mon anniversaire.
Je ne saurais dire ce que tout cela signifie.
Mais ce jour-là, dans une ville étrangère,
quelque chose a voulu me parler.
Avec un panneau poussiéreux.
Avec un silence plus fort que n’importe quelle sirène de New York.