Catégorie : Chroniques (Page 1 of 4)

Éclats d’un Passage

C’était en mars 2016, lors d’un stage de base en chamanisme celtique en Saône-et-Loire. Je n’avais encore qu’une vague idée de ce que signifiait « voyager » au tambour, ni même ce qu’implique réellement le mot « chamanisme ». J’étais venu chercher… sans savoir quoi. Et ce que j’ai trouvé m’a bouleversé.

Dans cette tradition, chaque voyage chamanique s’ouvre par un rituel d’ancrage : enracinement dans l’arbre-monde, appel aux esprits alliés, mise en place d’une protection. Puis vient l’intention, cette phrase simple qui oriente le cœur du voyage : un but, une direction.

Mais ce n’est pas un voyage dans l’imaginaire. C’est un plongeon dans l’âme.

Le feu du seuil

Ma première hutte de sudation a été un choc. Physique, psychique, spirituel. Dès la première porte, mes repères ont vacillé. J’étais à nu, dans tous les sens du terme. Je ne comprenais pas ce que je vivais. Mon corps luttait contre la chaleur, et mon esprit se battait contre ce qu’il ne pouvait saisir.

Puis une voix. Grave, forte, intérieure. Elle m’interpellait avec une autorité bouleversante. Elle me nommait, me confrontait. Elle disait ce que je n’osais pas voir. J’ai cru que tout le monde l’entendait. J’ai cru devenir fou. Mon égo s’est cabré, et j’ai fui la hutte. Mais mes jambes ne me portaient plus. Quelque chose avait cédé. Je suis revenu, brisé… et c’est là que l’épreuve a réellement commencé.

L’appel des alliés

La deuxième hutte a tout éclairé. Les visions se sont succédées, claires et puissantes. Un sanglier pour réveiller mon feu intérieur. Un milan pour me rappeler l’altitude, le souffle, la posture. Un requin — redoutable, discret, maître de son territoire. Un loup, guide de l’instinct. Et enfin… l’Ours. Debout, massif, bienveillant et féroce à la fois.

J’ai franchi un lit de braises. J’ai pleuré, crié, et j’ai choisi : vivre pour aimer. Vivre pour transmettre. L’ours m’a serré dans ses bras et m’a dit : « Sois doux avec les tiens. Mais grogne avec force face à tes ennemis. »

J’ai compris ce jour-là que l’homme que j’étais devenu ne pouvait plus vivre sans incarner ses valeurs. Que le chemin ne passait pas par des rôles ou des titres, mais par la vérité d’une présence.

Le retour aux eaux profondes

Après le feu, l’eau. Une baignade dans l’étang voisin, encore chargé de l’énergie de la hutte. Et une voix, à nouveau, qui disait : « Montre-leur comment tu nages… tu es un requin. »
Ce n’était pas de l’orgueil. C’était une invitation à incarner pleinement ce que je suis, à arrêter de me cacher derrière la peur ou le doute.

Depuis ce jour, mon chemin a changé de direction.

En guise de trace

Je ne suis pas chaman. Et je n’ai rien à prouver. Mais je sais que le chamanisme, pratiqué avec respect, ancrage et sincérité, est un chemin vers la clarté, la force et l’équilibre.

Ce que je propose aujourd’hui dans mes stages n’est pas une copie de cette expérience. C’est ce qu’elle m’a appris : oser affronter ses ombres, écouter ses alliés, et marcher droit sur le chemin du vivant.

La Souris et l’Ombre

J’avais peur. Vraiment. Quelque chose en moi tremblait, reculait, voyait venir le pire. Je croyais que derrière le voile, il y avait un dragon. Un monstre prêt à m’engloutir.

Mais j’ai traversé. Et quand j’ai levé le rideau de cette peur, quand j’ai osé regarder ce qu’elle cachait… il n’y avait rien d’horrible. Juste une petite souris. Fragile. Apeurée elle aussi.

Pas de crocs. Pas de griffes. Pas de feu. Juste une image déformée par mon attente du drame.

La peur agrandit les ombres. Elle les tord, les noircit, les fait danser sur les murs. Mais ce ne sont que des reflets.

Derrière beaucoup de nos frayeurs, il n’y a pas d’ennemi. Il y a juste une émotion délaissée.

Et aujourd’hui, je ne ris pas de cette peur. Je la regarde avec tendresse. Car elle m’a permis de voir la vérité : je suis plus libre que je ne le croyais.

Il n’y avait pas de dragon. Juste une petite souris qui attendait d’être vue sans trembler.

Jusqu’au Bout

Je suis tombé sur cette phrase dans une librairie, en feuilletant un livre d’un moine Shaolin, Shi Heng Yi :

« Il y a deux erreurs sur le chemin du succès : ne pas prendre le départ et ne pas aller jusqu’au bout. »

Ces mots m’ont traversé comme une flèche lente.
Ils m’ont trouvé, moi qui marche, hésite, me relève, cherche encore la forme vivante de ce que je suis venu offrir au monde.

Je les ai lus comme un message. Comme une main posée sur mon épaule.

Car j’ai pris le départ.
J’ai quitté un poste stable. J’ai laissé derrière moi le confort pour créer une école vivante, à ciel ouvert, à même la terre.
J’ai osé mettre au monde des stages, des cercles, des rites de passage. J’ai semé.

Mais aujourd’hui, je suis au seuil.
Celui de l’essoufflement, du doute, de la tentation du repli.
Pas parce que je n’y crois plus. Mais parce que la réalité est rude. Lente. Peuplée de silences et d’attentes vides.

Et cette phrase m’a rappelé : je n’ai pas fait tout ce chemin pour m’arrêter au milieu.

Aller jusqu’au bout ne veut pas dire s’épuiser. Ni s’obstiner. Cela veut dire : aller jusqu’à la vérité de ce qu’on est venu incarner.

J’irai jusqu’au bout.

Pas pour réussir.
Mais pour être entier. Fidèle à l’appel.

Si vous êtes vous aussi entre deux rives, je vous tends la main. Pas pour vous tirer. Juste pour marcher un peu ensemble.

Car parfois, c’est tout ce dont on a besoin pour continuer :
Un regard. Une phrase. Une trace qui dit : Tu n’es pas seul.

La Bête Apprivoisée

Je l’ai trouvée là, entre les machines brillantes et les tapis de course ronronnants,
comme un vestige oublié d’un autre temps.
Une boule de fonte avec une anse. Simple. Sombre. Silencieuse.

Autour d’elle, les gens préféraient les vélos elliptiques et les haltères chromés.
Mais moi, j’ai été intrigué par cette forme primitive, brute, presque rituelle.
Alors j’ai cherché.
Et c’est là que j’ai découvert Pavel Tsatsouline,
le Russe qui a ramené cette tradition martiale en Occident,
et qui a écrit un livre au titre sec et tranchant : Simple and Sinister.

Ce livre est devenu mon grimoire de force.
Chaque jour, je pratiquais les deux mouvements fondateurs :
le Swing et le Turkish get-up.
Rien d’autre.
Pas de variations, pas de distractions.
Juste la répétition, le corps, et la présence.

J’ai nommé ma kettlebell de 32 kg : The Beast.
Pas pour faire peur.
Mais parce qu’elle m’a aidé à dompter la bête en moi.
Celle qui grogne quand je doute.
Celle qui, parfois, m’épuise.
Mais qui, sous la sueur, s’aligne et se recentre.

Certains disent que cette méthode est trop simple.
Qu’elle manque de variété.
Mais la simplicité, quand elle est radicale, devient une voie initiatique.

Deux ans plus tard, je ne vais plus à la salle pour brûler des calories.

Chaque jour. En silence. Fonte à la main.
Je négocie ma paix avec la Bête.

La Parole Rendue

Il y a des jours où la colère prend toute la place.
C’était un de ces jours-là.
Je marchais dans la rue avec ma mère. J’étais fatigué. Amer.
Un homme s’est approché :
« T’aurais pas une pièce ? »
J’ai répondu, tranchant :
« T’as qu’à regarder par terre. »

Ma parole a claqué comme une gifle.
Je l’ai entendue sortir de moi,
et j’ai senti quelque chose se briser…
non pas en lui, d’abord — en moi.

Les jours ont passé.
Mais la phrase est restée.
Elle me collait aux talons.

Et puis je l’ai revu.
Le même homme.
Il m’a reconnu. Il a reculé.
Et j’ai su que ma parole avait laissé une trace.

Je me suis arrêté.
Ma mère a dit : « Qu’est-ce que tu fais ? »
Je suis allé vers lui.
J’ai tendu deux euros.
Il n’a pas tendu la main.

Alors je l’ai regardé.
« Excuse-moi. »

Il a répondu :
« Pourquoi ? »

Et j’ai dit :
« Pour ce que je t’ai dit l’autre fois. »

Il ne comprenait pas. Ou faisait semblant.
Mais moi, je savais.
Et lui aussi.

Alors j’ai répété :
« Excuse-moi. »

J’ai vu ses yeux s’embuer.
Et moi, j’ai senti que quelque chose en moi se redressait.
Pas l’ego. Pas l’orgueil.
La présence.

On peut nier un homme avec une simple parole.
Mais on peut, avec une autre, le rétablir et se rétablir soi-même.

Car parfois, en relevant l’autre,
c’est sa propre humanité qu’on remet debout.

Note au lecteur

Il n’y a pas que les huttes, les bois ou les cercles pour vivre un enseignement.
Parfois, le passage initiatique se glisse dans une rue ordinaire,
dans une colère,
dans un regard échangé.

Cette histoire m’a confronté à ma propre dureté.
Elle m’a montré que le pouvoir d’un mot peut blesser autant qu’il peut guérir.

Ce n’est pas une belle histoire.
C’est une histoire vraie.
Et c’est pour cela qu’elle a sa place, ici.

Je ne cache pas les erreurs.
Je les traverse. Je les nomme. Et j’essaie d’en faire des torches.

La Pierre, le Chaos et Moi

J’ai perdu des amis.
Certains parce que c’était nécessaire — nos routes ne résonnaient plus.
D’autres se sont éloignés sans que je comprenne tout de suite pourquoi.
Et puis il y a eu ceux que la vie a emportés pour de bon,
sans que je le sache immédiatement.
Des absences silencieuses devenues départs définitifs.

Mais à chaque fois,
la vie m’a laissé avec moins…
et avec moi.

C’est ma route.
Faite de luttes.
De larmes.
Parfois de grâce.
Mais jamais de raccourcis.

Je suis comme Sisyphe.
Pas celui qu’on plaint.
Celui qui continue.

La vie semble parfois me dire :

“Fais avec.”
Et peut-être que c’est ça, la clé.
Accepter.
Ne plus négocier avec le chaos.
Mais s’y forger.
S’y retrouver.
S’y épurer.

C’est ce que je vis dans mon entraînement quotidien.
Simple et Sinistre.
Toujours les mêmes gestes.
Rien de spectaculaire.
Pas de promesse de résultat.
Seulement une discipline.

Un socle.
Un ancrage.
Une manière de ne pas me perdre.
De ne pas tout lâcher.

Dans ce chaos,
je ne me bats pas pour gagner.
Je m’entraîne pour rester droit.

Je suis un homme seul parfois,
mais jamais vide.
Je suis plein de feu, de silence et de foi.

Et chaque jour, je pousse la pierre.
Non plus tout à fait comme un condamné.
Pas encore pleinement comme un homme libre.
Mais comme quelqu’un qui apprend, pas à pas,
à transformer la contrainte en champ de possibles.

Note au lecteur

Il y a des jours où la nature ne nous enveloppe pas.
Elle nous confronte.
Des jours où le silence n’apaise pas,
mais révèle l’inconfort, le doute, la fatigue.

Ce texte est né de l’un de ces jours.
Il ne parle pas de forêts vierges, ni de révélations chamaniques spectaculaires.
Il parle d’endurance.
De ce feu qu’on entretient, même sans grande lumière.
De cette pierre qu’on pousse, non par goût,
mais parce qu’on sent, malgré tout, que c’est là que ça se joue.

Sur le chemin, ce n’est pas toujours une marche en paix.
C’est parfois un pas de plus dans la poussière,
le souffle court.

Quand la Chaleur devient Insoutenable

Ne cherche plus à chanter.
Ne cherche plus à tenir.
Ne cherche plus à être fort.

Pose ton front contre la terre.

Elle,
elle ne juge pas ta fatigue.

Tu es là,
à l’Ouest.
Dans la porte de l’Ours.
Et personne ne vient te sauver.

Mais…
tu es encore là.

Et ça,
c’est un chant.
Même si tu ne l’entends plus.
Même si tout hurle en toi :

“Je ne suis plus personne. »

Alors reste.
Allongé.
À demi effacé.
Mais vivant encore.
Un souffle. Une braise.
C’est assez.

Le Dernier des Mohicans et la Plante Invisible

Adolescent, je passais mon temps courbé sur les herbes, un livre de botanique en main, celui de François Couplan. Ce n’était pas la beauté que je cherchais, mais la survie. J’apprenais à reconnaître ce que l’on peut manger, à lire la terre comme d’autres lisent le ciel.
Il y en avait une qui m’obsédait : le chénopode blanc.
Une plante de rien, toute en modestie, mais qui portait en elle le rêve de l’autonomie, du retour aux sources. Elle était l’épinard du pauvre, le trésor caché des terrains vagues.

Mon livre la décrivait comme abondante. Pourtant, j’avais beau arpenter talus, champs et lisières, elle restait invisible.
J’en suis même venu à croire qu’elle se moquait de moi.

Alors j’ai cessé de la chercher.

Un jour, avec des amis, nous avons décidé de jouer à la chasse à l’homme. Une partie grandeur nature. Il y avait deux équipes : les traqueurs et les traqués. Je faisais partie de ceux qui fuient.

On nous avait donné de l’avance. Je suis parti seul et j’ai trouvé refuge dans un champ de hautes herbes. Allongé au sol, camouflé dans la végétation, je guettais. Mes poursuivants passaient à quelques mètres de moi, l’œil tendu vers les branches, croyant que j’étais perché quelque part dans un arbre. J’étais invisible.

Tous les autres de mon équipe avaient été capturés. J’étais le dernier. Le dernier des Mohicans.

C’est alors que mon regard s’est posé, par hasard, sur une plante juste devant mon visage.
Une silhouette familière.
Une nervure bien connue.
Une teinte de vert un peu farineuse.

Le chénopode.
Le chénopode blanc.

Il était là. Partout autour de moi.

Je me suis relevé d’un bond et me suis mis à danser, pris d’une joie incontrôlable, dans mon champ de trophées verts.

Mes copains m’ont sauté dessus.
Ils m’ont dit : t’es con ou quoi ? Tu t’es fait griller.
J’ai répondu : elle est là ! Elle est là !

Ils m’ont regardé comme si j’avais perdu la raison.

Ce jour-là, j’ai compris :

Je n’étais pas un conquérant.
J’étais un chercheur. Un éclaireur.
Je ne vivais pas pour gagner, mais pour comprendre.
Pas pour dominer, mais pour découvrir.

Cette plante, que beaucoup appellent mauvaise herbe, venait de me rappeler, ce qui m’animait profondément et qui j’étais.

Entre la Mère et la Grand-Mère

Hutte de sudation, Arizona – 2017

Construire une hutte de sudation, c’est plus qu’un assemblage de bois et de couvertures.
C’est ériger un ventre.
Un lieu de retour. Un espace de dépouillement.

Ce jour-là, sous le soleil écrasant de l’Arizona,
la construction fut longue, fastidieuse.
La sueur coulait avant même que le rituel commence.

Une fois la hutte achevée, nous sommes retournés à notre campement pour nous changer.
Puis, en silence, nous avons formé une file :
fille, garçon, fille, garçon.
À chacun son pas. À chacun sa prière.

Je suis entré dans la hutte et me suis simplement laissé guider par l’ordre de la ligne.

Ce n’est pas moi qui ai choisi ma place — elle m’attendait.

Je me suis retrouvé face à l’entrée. À l’Ouest. La direction de l’Ours.
À ma droite, une femme âgée.
À ma gauche, une jeune femme.
Je ne savais pas encore que ces deux présences allaient devenir des guides.

Gilles a ordonné l’entrée des pierres.
Les gardiens du feu ont apporté les roches incandescentes,
les déposant dans le foyer au centre.

Puis, dans le noir absolu de la hutte,
la voix de Gilles a résonné :

“Regardez les pierres.”

Et c’est tout ce qu’on pouvait voir.
Pas les visages.
Pas les contours.
Seulement ces pierres rouges,
comme les cœurs nus d’un autre monde.

Puis, il ajouta :

“Cette hutte… vous y étiez convoqués depuis des décennies sans le savoir.”

Ces mots ont résonné comme une clef.
Un appel ancien qui s’était frayé un chemin à travers le temps.

Il a versé l’eau.
La vapeur a rugi.
La chaleur s’est levée.
Les chants ont commencé.

J’avais du mal à suivre.
La chaleur était accablante.
Mon mental criait : Allonge-toi, va chercher le frais au sol.

J’étais prêt à céder.
Mais alors…
Un frôlement.
Un pied contre le mien.
Puis un autre, de l’autre côté.
Les deux femmes.
Sans un mot.
Mais leur message était clair :

“Reste droit.”

Alors j’ai tenu.

Et quelque chose a lâché.
Mon mental s’est effacé.
Les chants ont changé.
Ce n’était plus notre groupe.
C’était un autre temps.
Une tribu.

À droite, cette femme devenue ma grand-mère.
À gauche, la jeune devenue ma mère.
Mais pas d’ici.
D’une autre vie.

Puis, un chant d’homme a surgi de l’autre côté de la hutte.
Puissant. Grave. Vibrant.
C’était mon père.
Là aussi, d’avant.

Je me suis vu.
Enfant.
Tenant la main d’un guerrier amérindien.

Je voulais me coucher.
Mais elles, encore, m’ont gardé droit.
Alors j’ai chanté.
Et ma voix a pris toute la hutte.
Elle ne venait pas de moi.
Elle venait de plus loin.

Quand j’ai eu tout donné,
mon corps s’est affaissé.
Et là,
dans ce relâchement ultime,
j’ai entendu des loups hurler,
mêlés aux chants des deux femmes.


Je ne suis pas ressorti de cette hutte comme je suis entré.
Cette nuit-là,
entre la Mère et la Grand-Mère…

Dans les Pas du Loup

Avant même de le savoir,
je l’avais déjà sur la peau.
Le loup.
Gravé en tatouage, comme un pressentiment.
Je ne savais pas encore qu’il était l’un de mes totems.
Mais lui, il savait déjà.

Il a commencé par me pourchasser.
En rêve.
La première fois, c’était une meute.
Je courais, sans me retourner.
J’ai grimpé à un arbre.
Un loup, au sol, me fixait.
Je n’étais pas prêt.

Une autre nuit, je suis dans une cuisine.
Je contourne la table…
et il est là.
Grand. Gris.
Les crocs découverts, les oreilles couchées.
La peur revient. Frontale.
Mais il ne bouge pas.
Il m’observe. Il jauge.
Toujours pas prêt.

Puis vient septembre 2023.
Un rite de démembrement – remembrement en Belgique.
La forêt, le froid, les chants.
Une procession en groupe dans les bois.
Devant moi, Greg, un ami rencontré en 2019 au Canada.
Sur sa veste, une marque : Wolfskin.
Je sens que le loup est encore là.

Un participant croit voir un animal. Fugace.
Deux jours après, la presse locale confirme : “Oui, c’était un loup.”
Et je n’ai pas besoin de le voir pour savoir.
Je sens. Il marche avec moi.

À la fin du rite, un ami me ramène.
En arrivant chez lui,
je lève les yeux.
Un 4×4 garé là, face à la maison.
Sur le capot, un logo : une tête de loup.

Et puis… le dernier rêve.
Le plus clair. Le plus simple.
Le plus net.

Le loup s’approche.
Je ressens la peur une dernière fois.
Mais je ne fuis plus.
Je le laisse venir.
Et là, sans que je bouge…
nos deux corps fusionnent.

Je ne le regarde plus.
Je le deviens.


Je n’ai jamais cherché à l’invoquer.
Il a marché avec moi dans le silence,
jusqu’à ce que je sois assez droit pour qu’il m’habite.

Aujourd’hui, il ne me montre plus les crocs.
Il me montre la voie.

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