Avant même de le savoir,
je l’avais déjà sur la peau.
Le loup.
Gravé en tatouage, comme un pressentiment.
Je ne savais pas encore qu’il était l’un de mes totems.
Mais lui, il savait déjà.

Il a commencé par me pourchasser.
En rêve.
La première fois, c’était une meute.
Je courais, sans me retourner.
J’ai grimpé à un arbre.
Un loup, au sol, me fixait.
Je n’étais pas prêt.

Une autre nuit, je suis dans une cuisine.
Je contourne la table…
et il est là.
Grand. Gris.
Les crocs découverts, les oreilles couchées.
La peur revient. Frontale.
Mais il ne bouge pas.
Il m’observe. Il jauge.
Toujours pas prêt.

Puis vient septembre 2023.
Un rite de démembrement – remembrement en Belgique.
La forêt, le froid, les chants.
Une procession en groupe dans les bois.
Devant moi, Greg, un ami rencontré en 2019 au Canada.
Sur sa veste, une marque : Wolfskin.
Je sens que le loup est encore là.

Un participant croit voir un animal. Fugace.
Deux jours après, la presse locale confirme : “Oui, c’était un loup.”
Et je n’ai pas besoin de le voir pour savoir.
Je sens. Il marche avec moi.

À la fin du rite, un ami me ramène.
En arrivant chez lui,
je lève les yeux.
Un 4×4 garé là, face à la maison.
Sur le capot, un logo : une tête de loup.

Et puis… le dernier rêve.
Le plus clair. Le plus simple.
Le plus net.

Le loup s’approche.
Je ressens la peur une dernière fois.
Mais je ne fuis plus.
Je le laisse venir.
Et là, sans que je bouge…
nos deux corps fusionnent.

Je ne le regarde plus.
Je le deviens.


Je n’ai jamais cherché à l’invoquer.
Il a marché avec moi dans le silence,
jusqu’à ce que je sois assez droit pour qu’il m’habite.

Aujourd’hui, il ne me montre plus les crocs.
Il me montre la voie.