Il y a des arbres qu’on ne choisit pas. Ce sont eux qui vous reconnaissent.
Le platane fut de ceux-là.
C’est lors d’un voyage chamanique que son image est venue à moi. Massive, solide, enracinée dans le sol comme un pilier du monde. Il ne cherchait pas à séduire. Il était là, simplement. Présent. Silencieux. Immobile mais plein de vie.
Le platane est un arbre que l’on croise souvent sans y prêter attention. Il borde les routes, protège les places de village. On s’y abrite, on y trouve de l’ombre, on oublie qu’il veille.
Et pourtant, dans sa peau craquelée, dans son écorce qui pèle comme pour révéler sans cesse un nouveau visage, il y a l’histoire de ma propre vie. Celle d’un homme qui s’est longtemps camouflé sous des couches de rôles, de devoirs. Mais qui n’a jamais cessé d’être habité par la quête du simple, de l’essentiel.
Le platane m’a appris que la puissance ne se clame pas, elle se tient droite. Qu’elle traverse les tempêtes non pas en fuyant, mais en s’enfonçant plus profondément dans la terre.
Il ne cherche pas à s’élever plus haut que les autres. Il cherche à tenir.
À offrir un refuge.
Aujourd’hui, je sais que cet arbre parle de moi. De ce que je suis, derrière les mots, derrière les gestes.