De 2013 à 2021, j’ai été responsable du service des sports de la ville de Porto-Vecchio.
Un poste de terrain, de tension, de lien permanent entre les élus, les associations, les équipes.
J’étais un homme de mission.
Toujours prêt. Toujours réactif.
Toujours à la hauteur, parce qu’il le fallait.
L’adrénaline était ma drogue légale.
Et dans le feu de l’action, je développais un sens de l’anticipation presque surnaturel.
Comme un sixième sens, aiguisé par la pression.
Mon management était direct, martial.
L’important, c’était la réussite. Tenir la ligne. Remplir le contrat.
Et j’ai tenu.
Huit ans.
Puis un jour, le décor a changé.
Un nouveau maire. Une autre vision.
Et soudain, je ne faisais plus partie du plan.
Je suis passé du statut de pilier… à celui de cible.
Mes hommes, mon équipe, ont retourné leurs épaules.
Une mutinerie politique, silencieuse, précise.
Un matin, un appel :
“Christophe, tu ne fais plus consensus.”
Ce jour-là, le voile s’est déchiré.
Je suis rentré chez moi, vidé, brisé.
J’ai craqué nerveusement.
Mon médecin a posé un mot : burn-out.
Mais ce n’était pas juste un épuisement.
C’était un effondrement de mon identité.
Quand je suis revenu un mois plus tard,
ma place n’était plus là.
On m’avait relégué au fond d’un couloir,
dans un bureau sans fenêtres,
à la lumière artificielle,
comme un oubli administratif avec un souffle.
Celui qui avait pris ma place…
c’était un homme de mon ancienne équipe.
J’ai tenu deux ans ainsi.
Deux ans à mourir lentement.
À regarder mes convictions se consumer dans le silence.
Et puis une nuit…
un rêve.
Deux hommes marchaient dans une casse.
Ils passent devant une vieille voiture, invisible sous la poussière.
L’un d’eux dit : “Il faut que je m’en débarrasse, elle encombre.”
L’autre s’approche, frotte le capot.
Une couleur rouge vif apparaît.
Il dit :
“Regarde… c’est une voiture de sport. Une voiture de compétition.”
Je me suis réveillé.
Quelque chose venait de se réveiller avec moi.
Quelques jours plus tard, j’ai déposé ma demande de mise en disponibilité.
Non pas pour fuir.
Mais parce que je comprenais enfin :
je n’étais pas fini.
J’étais juste recouvert de poussière.
Et ce rêve…
était le signal de départ d’un autre voyage.
Celui de l’homme qui choisit de ne plus vivre enfermé dans ce qu’il a déjà prouvé.