Quand je blottis mon visage dans mon bras,
l’odeur de ma peau
me parle doucement.
Elle me dit : “Tu es là.”
Pas l’homme d’aujourd’hui.
Le petit. Le premier.

Je me revois.
Mon ours bossu contre moi.
Mes peurs tapies dans le noir.
Et moi, petit garçon, serrant le courage dans mes bras de coton.

Je me souviens de
ma chienne,
mon âme sœur à quatre pattes.
Je mettais mes secrets dans sa fourrure.

Je me rappelle les livres.
Leur odeur. Leur mystère.
Les mondes qui s’ouvraient dans les pages,
plus vrais parfois que la cour de l’école.
Et puis, quand je relevais la tête,
ma réalité était teinte de magie.

Je me souviens des arbres au loin,
dessinant leur lisière sur les collines.
C’était une frontière.
Un appel.
Un royaume que je sentais être le mien.

Et les fourmis…
Les fleurs…
Chaque forme, chaque détail,
avait le pouvoir de m’arrêter,
de m’émerveiller.

Je n’étais pas perdu.
J’étais pleinement là.
Curieux. Sensible. Vaste.

Et aujourd’hui, quand je doute,
quand je me crois brisé,
je blottis mon visage dans mon bras.
Et je respire.
Et je me rappelle :

Ce petit-là n’a jamais disparu.
Il est devenu l’homme qui cherche encore la vérité
dans l’odeur de la terre,
dans le silence d’un feu,
dans les bras de l’invisible.

Et c’est pour lui que je continue.
Pour ne pas l’oublier.
Pour le faire marcher fier,
dans mes pas d’aujourd’hui.