C’était en mars 2016, lors d’un stage de base en chamanisme celtique en Saône-et-Loire. Je n’avais encore qu’une vague idée de ce que signifiait « voyager » au tambour, ni même ce qu’implique réellement le mot « chamanisme ». J’étais venu chercher… sans savoir quoi. Et ce que j’ai trouvé m’a bouleversé.

Dans cette tradition, chaque voyage chamanique s’ouvre par un rituel d’ancrage : enracinement dans l’arbre-monde, appel aux esprits alliés, mise en place d’une protection. Puis vient l’intention, cette phrase simple qui oriente le cœur du voyage : un but, une direction.

Mais ce n’est pas un voyage dans l’imaginaire. C’est un plongeon dans l’âme.

Le feu du seuil

Ma première hutte de sudation a été un choc. Physique, psychique, spirituel. Dès la première porte, mes repères ont vacillé. J’étais à nu, dans tous les sens du terme. Je ne comprenais pas ce que je vivais. Mon corps luttait contre la chaleur, et mon esprit se battait contre ce qu’il ne pouvait saisir.

Puis une voix. Grave, forte, intérieure. Elle m’interpellait avec une autorité bouleversante. Elle me nommait, me confrontait. Elle disait ce que je n’osais pas voir. J’ai cru que tout le monde l’entendait. J’ai cru devenir fou. Mon égo s’est cabré, et j’ai fui la hutte. Mais mes jambes ne me portaient plus. Quelque chose avait cédé. Je suis revenu, brisé… et c’est là que l’épreuve a réellement commencé.

L’appel des alliés

La deuxième hutte a tout éclairé. Les visions se sont succédées, claires et puissantes. Un sanglier pour réveiller mon feu intérieur. Un milan pour me rappeler l’altitude, le souffle, la posture. Un requin — redoutable, discret, maître de son territoire. Un loup, guide de l’instinct. Et enfin… l’Ours. Debout, massif, bienveillant et féroce à la fois.

J’ai franchi un lit de braises. J’ai pleuré, crié, et j’ai choisi : vivre pour aimer. Vivre pour transmettre. L’ours m’a serré dans ses bras et m’a dit : « Sois doux avec les tiens. Mais grogne avec force face à tes ennemis. »

J’ai compris ce jour-là que l’homme que j’étais devenu ne pouvait plus vivre sans incarner ses valeurs. Que le chemin ne passait pas par des rôles ou des titres, mais par la vérité d’une présence.

Le retour aux eaux profondes

Après le feu, l’eau. Une baignade dans l’étang voisin, encore chargé de l’énergie de la hutte. Et une voix, à nouveau, qui disait : « Montre-leur comment tu nages… tu es un requin. »
Ce n’était pas de l’orgueil. C’était une invitation à incarner pleinement ce que je suis, à arrêter de me cacher derrière la peur ou le doute.

Depuis ce jour, mon chemin a changé de direction.

En guise de trace

Je ne suis pas chaman. Et je n’ai rien à prouver. Mais je sais que le chamanisme, pratiqué avec respect, ancrage et sincérité, est un chemin vers la clarté, la force et l’équilibre.

Ce que je propose aujourd’hui dans mes stages n’est pas une copie de cette expérience. C’est ce qu’elle m’a appris : oser affronter ses ombres, écouter ses alliés, et marcher droit sur le chemin du vivant.