Avril 2019.
Avec mon épouse, nous nous étions offert un week-end prolongé en Lettonie, à Riga,
la perle du Nord, comme on l’appelle.
C’était la première fois que je montais aussi haut en Europe.
C’était Pâques.
Et la ville célébrait à sa façon ce moment charnière :
le retour de la lumière.
Dans les rues, des couleurs, des marchés.
Mais ce qui m’a le plus frappé, c’est ce que j’ai appris là-bas :
la Lettonie a été le dernier bastion en Europe d’une spiritualité encore liée à la nature.
Un peuple qui, malgré les vagues chrétiennes,
avait conservé une mémoire païenne, une mémoire du vivant.
À cette époque, j’avais un peu décroché.
Mon tambour dormait.
Mes voyages chamaniques étaient devenus stériles, sans images, sans messages.
Je me croyais déconnecté.
Un jour, nous avons pris le train pour Jurmala,
une ville côtière bordant la mer Baltique.
Dans une rue,
nous sommes tombés sur une trentaine de jeunes adultes Lettons,
habillés en habits traditionnels.
Ils allaient danser.
Et la musique a commencé.
C’était une farandole de printemps,
des cercles, des couples, des pas simples mais joyeux.
On regardait avec le sourire,
simplement heureux d’être là.
Puis soudain…
le son d’un tambour.
Un son binaural, profond, primitif.
À peine audible, mais il a tout balayé.
La musique, les rires, les pas —
tout est devenu lointain.
Je n’entendais plus que lui.
Comme un appel venu d’avant.
Comme un rappel à l’ordre sacré.
Comme si quelqu’un me soufflait :
« Reviens dans la danse, toi aussi. »
Je suis resté figé.
Mais quelque chose, en moi, s’est remis en mouvement.
Non pas le corps.
L’âme.
Quelques jours plus tard,
de retour en Corse,
je me suis inscrit à un rite de passage au Canada.
Le Rite de la Mue.
Ce jour-là à Jurmala,
ce n’était pas une danse folklorique.
C’était une transmission.
Une passerelle.
Un passage discret entre les mondes.
Et c’est là que j’ai compris :
le tambour ne m’avait jamais quitté.
J’avais juste cessé de l’écouter.